" ..Charles Darwin a montré comment il est possible aux forces physiques aveugles de mimer les effets d'un dessein conscient; comment, en agissant comme un filtre cumulatif des variations aléatoires, elles ont fini par aboutir à la complexité adaptative et organisée, aux moustiques et aux mammouths, aux hommes, et donc indirectement aux livres et aux ordinateurs. "
R.DAWKINS. The Nécessity of Darwinism, New Scientist, 94, p.130
" Le hasard seul est à la source de toute nouveauté, de toute création dans la biosphère. Le hasard pur, le seul hasard, liberté absolue, mais aveugle, à la racine même e de prodigieux édifice de l'évolution : cette notion centrale de la biologie moderne n'est plus aujourd'hui une hypothèse, parmi d'autres possibles ou au moins concevables. Elle est la seule concevable, comme seule compatible avec les faits d'observation et d'expérience. Et rien ne permet de supposer (ou d'espérer) que nos conceptions sur ce point devront ou même pourront être révisées. Pour l'essentiel le problème est résolu et l'évolution ne figure plus aux frontières de la connaissance "
JACQUES MONOD, LE HASARD ET LA NÉCESSITÉ P. 127
" Tout cet ouvrage a été dominé par l'idée du hasard, par les probabilités astronomiques militant contre la naissance spontanée de l'ordre, de la complexité et de l'harmonie apparente. Nous avons cherché un moyen de domestiquer le hasard, de lui limer les crocs. Le "hasard sauvage", le hasard pur, nu, signifie que la conception ordonnée accéderait d'un bond à l'existence à partir de zéro. Il y aurait hasard sauvage si l'on passait brutalement en l'espace fugitif d'une génération de pas d'oeil du tout à un oeil complètement formé, parfait et intact. C'est possible, mais les probabilités contre cet événement nous obligeraient à écrire des zéros jusqu'à la fin dez temps......
" Domestiquer" le hasard revient à diviser le très improbable en composants moins improbables disposés en série. Quelle que soit l'improbabilité que X ait pu naître de Y en une seule étape, il est toujours possible de concevoir une série d'intermédiaires distingués par des différences infinitésimales. Quel que soit le taux d'improbabilité d'une modification à grande échelle, des modifications plus réduites sont moins improbables. Et pourvu que nous postulions une série suffisamment étendue d'intermédiaires infinitésimalement différenciés, nous serons en mesure de faire dériver tout de tout sans invoquer des improbabilités astronomiques. Cela nous est permis uniquement s'il ya assez de temps pour accueillir tous les intermédiaires et uniquement s'il y a un mécanisme susceptible d'orienter chaque étape dans une direction particulière, sinon la séquence va déraper et devenir un cheminement aléatoire sans fin."
RICHARD DAWKINS , L'horloger aveugle. Robert Laffont. 1989, p.368
Je vais emmener votre esprit en voyage. C'est un voyage dans la compréhension, qui nous amènera aux frontières de l'espace, du temps et de l'entendement. J'y soutiendrai qu'il n'y a rien qui ne puisse se comprendre, rien qui ne puisse s'expliquer, et que tout est extraordinairement simple...Une bonne part de l'univers n'a besoin d'aucune explication. Les éléphants par exemple. Dès lors que des molécules ont appris à se concurrencer et à créer d'autres molécules à leur propre image, on finira par trouver des éléphants, et des objets qui ressemblent à des éléphants, qui rôderont de par le monde.
(PETER ATKINS,cité par Dawkins, p. 30.)
Haeckel (Ernst) (1834-1919)
"L'ontogénie est la récapitulation abrégée et rapide de la phylogénie, régie par les fonctions physiologiques de l'hérédité (reproduction) et de l'adaptation (nutrition). L'individu organique, pendant le cours bref et rapide de son développement individuel, répète les plus importantes des modifications de forme à travers lesquelles ses ancêtres sont passés pendant le cours lent et long de leur développement paléontologique, conformément aux lois de l'hérédité et de l'adaptation "
Generelle Morphologie (1866)
LUCRÈCE (vers 99-55 av. J.C.)
« Il n’y avait à l’origine qu’une masse orageuse d’éléments de tout genre, en proie à la discorde qui confondait leurs distances, leurs directions, leurs combinaisons, leurs densités, leurs chocs, leurs rencontres, leurs mouvements, et les heurtait dans une mêlée générale, à cause même de la diversité de leurs formes et de la variété de leurs figures.» p. 223
«Mais de quelle façon cet amas de matière a-t-il pu former la terre et le ciel, et les abîmes de l’océan, le soleil, la lune et leurs cours, c’est ce que je vais expliquer. Car certes ce n’est pas en vertu d’un plan arrêté, d’un esprit clairvoyant que les atomes sont venus se ranger chacun à leur place; assurément ils n’ont pas combiné entre eux leurs mouvements respectifs; mais les innombrables éléments des choses, heurtés de mille manières et de toute éternité par de nombreux chocs extérieurs, entraînés d’autre part par leur propre poids, n’ont cessé de se mouvoir et de s’unir de toutes les façons, d’essayer toutes les créations dont leurs diverses combinaisons étaient susceptibles; voilà pourquoi, à force d’errer dans l’infini du temps, d’essayer toutes les unions, tous les mouvements possibles, ils aboutissent enfin à former ces assemblages qui, soudain réunis, sont à l’origine de ces grands objets, la terre, la mer, le ciel, et les espèces vivantes.» p. 222
De la Nature, Trad. Alfred Ernout, Paris, Société d’Édition «Les Belles Lettres», 1924
“ Ne va pas croire que la clairvoyance des yeux a été créée pour nous permettre de voir au loin; ce n’est pas pour nous permettre de faire de grandes enjambées que l’extrémité des jambes et des cuisses s’appuie et s’articule sur les pieds; les bras avec la solide attache de l’épaule, les mains toutes deux nos servantes, ne nous ont point été donnés pour subvenir à nos besoins. Toutes les interprétations de ce genre renversent le rapport rationnel des choses et mettent la cause après l’effet. Aucun organe du corps n’a été créé pour notre usage: mais c’est l’organe qui crée l’usage. ”
De rerum natura, livre IV, vers 825-835
GOODWIN, BRIAN:
(How the Leopard changed its spots ”, Touchstone Books, 1996.)
“Depuis 1859, la sélection naturelle et la survivance du mieux adapté s’est imposée comme la seule explication de la vie sur la terre. Les origines, les extinctions et les adaptations ont toutes été étudiées à travers le prisme du darwinisme. Il y a une autre explication pour l’origine de la diversité des espèces. Comme la vision du monde newtonienne a dominé la pensée jusqu’à la révolution opérée par Einstein. au 20ièmesiècle, le darwinisme doit être remplacé par une nouvelle théorie qui admet que la complexité est une qualité inhérente et émergente de la vie et pas seulement le résultat des mutations dues au hasard et de la sélection naturelle. Les organismes sont aussi coopératifs qu’ils sont compétitifs, aussi altruistes qu'ils sont égoïstes, aussi créatifs et enjoués qu’ils sont destructifs et répétitifs.»
POLANYI
« La structure de la vie est un ensemble de conditions qui harnachent les lois de la physiques et de la chimie et qui ne peuvent se définir en termes des lois qu’elles harnachent….
Tout comme l’arrangement d’une page imprimée est étrangère à la chimie de la page imprimée, ainsi la séquence dans la molécule DNA est étrangère aux forces chimiques qui y sont à l’oeuvre….
… L’information et la fonction de la DNA et la machine de réplication cellulaire originent de source qui transcende la physique et la chimie. »
Life’s irreductible structure. 1968
SIMON (Pierre-Henri)
"Ainsi, non seulement la téléonomie n'a pas besoin d'être intelligente pour pousser l'évolution des humbles profondeurs de la vie élémentaire vers les cimes de l'existence psychique, mais c'est son aveuglement même, ce sont ses défaillances et ses ratés qui rendent possibles le mouvement diversificateur et ses extraordinaires succès : L'évolution, l'émergence de structures complexes à partir de formes plus simples est donc la conséquence des imperfections mêmes du système conservateur de structures que représente une cellule Félix culpa ! Dana la théogonie scientifique du hasard comme dans la théologie mystique du dieu de la Bible, quelque accident fortuit et imprévu a cassé l'ordre légal et ouvert la brèche sacrée pour l'aventure d'une liberté superbement et périlleusement créatrice."
Question aux savants. Essai. Seuil 1969p. 88.
Monod (Jacques)
"Lorsqu'on songe à l'immense chemin parcouru par l'évolution depuis peut-être trois milliards d'années, à la prodigieuse richesse des structures qu'elle a créées, à la miraculeuse efficacité des performances des êtres vivants, de la bactérie à l'homme, on peut bien se reprendre à douter que tout cela puisse être le produit d'une énorme loterie, tirant au hasard des numéros parmi lesquels une sélection aveugle a désigné de rares gagnants. A revoir dans leur détail les preuves aujourd'hui accumulées que cette conception est bien la seule qui soit compatible avec les faits (notamment avec les mécanismes moléculaires de la réplication, la mutation et de la traduction) on retrouve la certitude, mais non pour autant une compréhension immédiate, synthétique et intuitive de l'évolution dans son ensemble. Le miracle est "expliqué"; il nous parait encore miraculeux: comme l'écrit Mauriac ; "Ce que dit ce professeur est bien plus incroyable encore que ce que nous croyons, nous autres pauvres chrétiens." La Recherche. Oct. 1970
ATLAN (Henri)
L. M. - Les concepts scientifiques d’émergence et d’auto-organisation tiennent-ils lieu de finalité organisatrice ?
H. A. –..... Ils sont aujourd’hui suggérés par des modèles mécaniques où des éléments relativement simples pris individuellement produisent des phénomènes de structure et de fonction parfois très compliqués du fait de leurs interactions quand ils sont associés en grand nombre. Des structures et/ou des fonctions apparaissent ainsi à un niveau macroscopique sans que la seule observation des propriétés des constituants permette de les prédire. C’est en ce sens qu’on parle d’émergence et d’auto-organisation: les mécanismes en sont connus bien que trop compliqués dans leurs détails pour qu’on en ait une connaissance intuitive en-dehors du formalisme mathématique ou informatique qui permet de les modéliser. En ce sens, il s’agit de concepts encore plus réductionnistes que ceux du réductionnisme classique puisqu’ils permettent d’expliquer de façon mécanique l’émergence de comportements apparemment finalisés et de propriétés qui semblaient autrefois relever de phénomènes mystérieux censés caractériser la vie.
PENSER LA FINALITÉ. Science et Vie. Le sens de la vie. Hors série. 124
CAPRA ( FRITJOF)
" Les concepts darwiniens de la variation aléatoire et de la sélection naturelle ne sont que deux aspects d'un phénomène complexe qui pourrait être beaucoup mieux compris dans un cadre holistique ou systémique. Un tel cadre est beaucoup plus subtil et beaucoup plus utile que la position dogmatique de la pseudo-théorie néo-darwinienne, exprimée avec force par la généticien et prix Nobel Jacque Monod. P. 102
" Les concepts darwiniens de la variation aléatoire et de la sélection naturelle ne sont que deux aspects d'un phénomène complexe qui pourrait être beaucoup mieux compris dans un cadre holistique ou systémique. Un tel cadre est beaucoup plus subtil et beaucoup plus utile que la position dogmatique de la pseudo-théorie néo-darwinienne, exprimée avec force par la généticien et prix Nobel Jacque Monod. P. 102
"Les systèmes sont des tout intégrés dont les propriétés ne peuvent être réduites à celles de plus petites unités. Au lieu de se concentrer sur les éléments fondamentaux ou sur les substances de base, l'approche systémique met l'accent sur les principes de l'organisation. Les exemples de systèmes abondent dans la nature. Chaque organisme -- de la plus infime bactérie jusqu'aux humains en passant par toute la variété végétale et animale -- est un tout intégré et, donc, un système vivant... p.248... ....la description réductionniste des organismes peut, donc, s'avérer utile et même, dans certains cas, nécessaire. Elle n'est dangereuse que lorsqu'elle est considérée comme la seule explication cohérente. Réductionnisme et holisme, analyse et synthèse sont des approches complémentaires qui, soigneusement équilibrées, nous permettent d'acquérir une connaissance plus profonde de la vie. ..La première différence manifeste entre les machines et les organismes, c'est que les machines sont construites alors que les organismes se développent. Cette différence fondamentale signifie que la compréhension des organismes doit être orienté ver les processus....249..Alors que les activités d'une machine sont déterminées par sa structure, la relation est renversée dans les organismes -- la structure organique est déterminée par des processus.
L'aptitude des espèces à s'adapter aux modifications environnementales a été étudiée en détail et avec bonheur, au cours de notre siècle, de même que les mécanismes de reproduction et d'hérédité. toutefois, ces aspects en représentent qu'une face du phénomène de l'évolution. L'autre est le développement créatif de nouvelles structures et fonctions sans qu'il y ait eu pour autant, de pressions environnementales; dans ce cas nous nous trouvons en présence d'une manifestation du potentiel d'auto transcendance inhérent à tout organisme vivant. De ce fait, les concepts darwiniens n'expriment qu'une seule des deux visions complémentaires nécessaires à la compréhension de l'évolution.....
Le développement créatif de la vie vers des formes sans cesse croissantes de complexité demeure un mystère irrésolu, plus d'un siècle après Darwin, mais une étude récente a permis de dessiner les grandes lignes d'une théorie de l'évolution qui promet d'éclairer d'un jour nouveau ces caractéristiques étonnantes des organismes vivants. C'est une théorie systémique qui se concentre sur la dynamique de l'auto transcendance et se base sur le travail de certains scientifiques de diverses disciplines......
L'évolution est une aventure continue et ouverte qui crée à tout instant sa propre finalité dans un processus dont le résultat précis est fondamentalement imprévisible."
Le temps du changement, 1983 , p. 271
JULES CARLES. S.J. Le transformisme ( Que sais-je ?)
"Il est bien évident que la réalité de l'Évolution n'est plus mise en doute par personne et qu'il et impossible, depuis assez longtemps d'ailleurs, de
citer le nom d'un seul savant fixiste" p. 23.
SIMPSON. G.G. 1949 (qui a lancé le néo-darwinisme)
« L’adaptation est un fait et elle se réalise au sein d’un processus qui se déroule dans le sens d’un progrès et d’après des lignes de direction déterminées. Ce processus constitue un évènement de la nature qui s’effectue d’une manière entièrement mécanique. Mais ce processus naturel nous donne l’impression d’un but poursuivi sans personne qui le poursuive et il réalise un plan d’une vaste envergure sans personne qui en soit l’auteur. Il est possible que la mise en train de ce processus et les lois physiques d’après lesquelles il se développe aient été ordonnées par quelqu’un vers un but et que cette exécution mécanique d’un plan soit à considérer comme l’instrument d’un auteur de ce plan, mais il n’est pas dans les compétences du naturaliste de s’exprimer sur ces problèmes extérieurs au domaine scientifique. »
JACOB (Francois) (Institut Pasteur) prix Nobel de médecine.
Notion de bricolage
"... On a appris ainsi cette chose stupéfiante : ce sont les mêmes gènes qui mettent en place le corps d'une mouche et celui d'un humain ! Si on nous l'avait dit il y a dix ans, personne ne l'aurait cru...
.... Une fois que certaines solutions ont été trouvées dans la nature, elle s'y tient et brode autour. C'est le bricolage, une fois de plus ! La nature est conservatrice, mais elle fait aussi pas mal de changements. Elle conserve ce qu'il y a derrière, ce qu'on ne voit pas mais, en surface, elle fabrique tous les possibles.
..... On ne comprend pas comment ont pu se former les premiers organismes, les protobactéries. Comment a pu démarrer la reproduction, avec toute sa complexité chimique. On a des hypothèses. Mais je ne suis pas sûr que l'on pourra jamais arriver à les démontrer ou à les réfuter expérimentalement. De même, on ne comprend pas l'explosion cambrienne, l'apparition des divers plans d'organismes en quelques millions d'années, il y a 600 millions d'années. Et tant que l'on ne comprendra pas cela, on ne comprendra pas vraiment l'évolution.
....
Tous les organismes sont faits plus ou moins des mêmes molécules, combinées et recombinées. On a souvent comparé le travail de l'évolution à celui d'un ingénieur, mais il ressemble beaucoup plus à celui d'un bricoleur. Elle utilise de vieilles structures pour en faire des nouvelles, prend le rideau de la grand-mère pour faire la jupe de la petite-fille, ou une caisse à savon pour faire une boîte de radio...
(A. Langaney : Vous décriviez la sélection sans sélectionneur. Nous voilà devant du bricolage sans bricoleur ? )
F. Jacob : L'oeil est un organe très compliqué et l'un des arguments favoris des adversaires de l'évolution est de dire : « L’oeil n'a pas pu être fait au hasard. L'oeil, c'est comme une montre. Pour la montre, il faut un horloger, pour l'oeil il faut un créateur. » Effectivement, avec des mutations simples changeant les protéines acide aminé par acide aminé, il faudrait des temps dépassant les délais de l'évolution pour produire un oeil. Mais on a découvert des mécanismes génétiques très différents et beaucoup plus rapides. En particulier, des éléments qui coupent les chromosomes, qui les collent, qui prennent un segment ici et le remettent là. Un module de protéine est pris ici, un autre là et ils sont mis ensemble. Voilà ce que j'appelle le bricolage. Des mécanismes génétiques connus permettent de le faire et, du coup, l'oeil n'est plus hors de portée des centaines de millions d'années disponibles."
La Recherche, No 283, 01-1996
DAMBRICOURT-MALASSÉ (ANNE)
« …Il se trouve qu’en comparant l’ontogénèse des os crâniens des singes, petits et grands, archaïques et contemporains, ainsi que ceux de l’Australopithèque, de l’Homo erectus, de l’Homo habilis, du Néanderthalien... et de nous-mêmes, hommes de Cro-Magnon, on tombe sur un processus d’une logique implacable et continue, s’étalant sur soixante millions d’années, et qui, loin de donner la primeur au chaos, relativise énormément son rôle créateur, pour laisser la fonction fondatrice de l’évolution à ce que Teilhard appelait la “loi de complexité-conscience”.
Pour eux (partisans de la théorie du chaos) notre apparition est le fruit accidentel d’une confluence d’événements à 100% indépendants les uns des autres, provoqués par des mutations génétiques aléatoires, se combinant de façon viable par pure coïncidence. Cela fonde une certaine idée de la liberté, certes... Mais j’arrive, quant à moi, à des conclusions diamétralement contraires, porteuses d’une liberté très différente. Il y a une logique qui se déploie imperturbablement à travers le halo du hasard - on pourrait même dire : une logique qui se nourrit du hasard. Il y a quelque chose de très stable, de très persistant, de très têtu tout au long de l’évolution. Quelles que soient les dérives de continents, les crises climatiques, les disparitions ou les apparitions d’espèces, quels que soient les aléas chaotiques - régis, en effet, par un hasard imprédictible -, on voit, sur soixante millions d’années, la base du crâne des primates, des singes, grands singes, puis des hominiens, des hommes archaïques et des hommes modernes, imperturbablement se contracter, suivant une logique explicite, autorisant des prédictions dans la genèse des formes. Je cite la contraction cranio-faciale parce que c’est le domaine que j’ai étudié, mais je suis sûre aujourd’hui que l’on retrouve le même type de processus dans tous les grands flux du vivant.
…. Oui, la microévolution darwinienne explique en gros comment on se promène, d’une variété à l’autre, à l’intérieur d’un même plan. Mais comment passe-t-on d’un plan d’ensemble à un autre plan d’ensemble ? Quel est le facteur qui ordonne la morphogenèse et sa métamorphose ? Qu’est-ce qui dirige le développement de la forme d’un os suivant une trajectoire qui, d’espèces en espèces, va dévoiler une logique à long terme ? Voilà les questions auxquelles on se trouve confronté. »
Nouvelles-Clés .Les entretiens. Internet
VON FOESTER
" Si l’on agite une boite contenant des cubes aimantés sur deux faces disposés en désordre, on constate que ces cubes vont spontanément constituer un ensemble cohérent. Ainsi aura-t-il suffi d’un principe d’ordre (l’aimantation) et d’une énergie désordonnée pour constituer une organisation ordonnée ".
DARWIN(1809-1882)
“ Le vieil argument fondé sur le dessein dans la nature, tel que formulé par Paley, lequel me semblait auparavant si concluant, s’écroule, maintenant que la loi de la sélection naturelle a été découverte. Nous ne pouvons plus conclure, par exemple, que l’extraordinaire muscle charnière des coquilles bivalves doit avoir été fait par un être intelligent comme les charnières d’une porte sont faites par l’homme. Il ne semble pas y !avoir davantage d’intentionnalité dans la variabilité des organismes et dans l’action de la sélection naturelle qu’il n’y en a dans la manière selon laquelle les vents soufflent. Tout dans la nature est le résultat de lois fixées. ”
Darwin, Charles Darwin and T. H. Huxley: Autobiographies, pp. 50-51
"Il est intéressant de contempler un rivage luxuriant tapissé de nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces abritant des oiseaux qui chantent dans les buissons, des insectes variés qui voltigent ça et là, des vers qui rampent dans la terre humide, "....si l'on songe que ces formes si admirablement construites, si différemment conformées, et dépendants les unes des autres d'une manière si complexe, ont toutes été produites par des lois qui agissent autour de nous..... Le résultat direct de cette guerre de la nature, qui se traduit par la famine et par la mort, est donc le fait le plus admirable que nous puissions concevoir, à savoir: la production des animaux supérieurs. N'y a -t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d'envisager la vie, avec ses puissances diverses attribuées primitivement par le Créateur à un petit nombre de formes, ou même à une seule ? Or, tandis que notre planète, obéissant à la loi fixe de la gravitation, continue à tourner dans son orbite, une quantité infinie de belles et admirables formes, sorties d'un commencement si simple, n'ont pas cessé de se développer et se développent encore."
Darwin De l'origine des espèces... (ajouté à partir de la sixième édition)
SCHUTZENBERGER (M.P)
A propos de la sélection naturelle...
A propos de la sélection naturelle...
"Personne ne peut refuser l'existence du phénomène. C'est tout simplement le principe que rien n'existe qui ne soit assez solide pour exister... Dans une zone qui se désertifie, les espèces qui disparaissent le plus vite sont celles qui ont le plus besoin d'eau. Ce qui n'explique pas l'apparition chez les survivants de structures dont les propriétés fonctionnelles leur permettent de mieux résister à la sécheresse. ..Ce que nous pouvons faire c'est constater après coup l'effet de la sélection naturelle. Constater, par exemple, que telle espèce d'escargots est moins mangée que d'autres par certains oiseaux, peut-être parce que leur coquille est moins visible. C'est de l'écologie, très intéressante. Autrement dit, la sélection naturelle est un faible instrument de preuve, parce que les phénomènes de sélection naturelle sont patents, mais ne prouvent rien du point de vue théorique"
Les failles du darwinisme. La Recherche. No 283. 01-1996
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire